Les Fantastic Four de Stan Lee et Jack Kirby

Tous les médias ont leurs incontournables. Ce sont ces oeuvres et ces créateurs tellement colossaux que toute discussion sur le média doit, tôt ou tard, les mentionner. Ils y sont omniprésents, que ce soit par leur impact, leur génie ou leur prestige.

Et lorsqu’on s’aventure dans un média qui nous est inconnu, c’est tentant d’utiliser ces monuments comme points de repère pour débuter son exploration. Un peu comme, lors d’un voyage à New York, on voudrait visiter la Statue de la Liberté, l’Empire State Building et Central Park. Ce n’est pas forcément une mauvaise idée en soi, mais cette approche comporte quelques pièges.

Parce que je serais prêt à parier que Citizen Kane, même si vous l’aimez peut-être beaucoup, n’est pas votre film préféré. Parce que, même si je comprends l’impact de Bob Dylan sur la musique qui lui succède, je n’ai aucun plaisir à écouter sa musique. Et parce que si vous habitez Montréal, votre endroit préféré a plus de chance d’y être un petit café de quartier que, mettons, le Stade Olympique.

Surtout, parce qu’être “incontournable” ou “important” n’égale pas être “meilleur”.

C’est avec tout ça en tête que je veux vous parler des Fantastic Four de Stan Lee et Jack Kirby.

Partie 1 – Pourquoi les lire?

Dans la liste des incontournables de la bande dessinée, cette série est pas mal au sommet. Et lorsque j’ai fait ma liste de ce que je voulais lire, c’est aussi là qu’elle s’est retrouvée. Et ce, pour trois raisons.

D’abord, Stan Lee.

Ce serait difficile d’exagérer l’impact de Stan Lee sur l’Univers Marvel, sur la bande dessinée ou même sur la culture populaire en général. Stan Lee a co-créé parmi les personnages fictifs les plus iconiques du 20e siècle, dont Spider-Man, Hulk, Daredevil, Thor, Iron Man, les X-Men et les Avengers, pour ne nommer que ceux-là.

C’est impossible de lire quoique ce soit de Marvel Comics dans les années 60 sans voir son nom. Ce qu’il n’a pas écrit, il l’a édité.

Stan Lee, c’est aussi un personnage en soi, haut en couleurs, et le visage de Marvel Comics jusqu’à sa mort en 2018. Il a aussi fait des caméos dans tous les films Marvel.

Lorsqu’il co-crée les Fantastic Four en 1961, il marque aussi la naissance de l’Univers Marvel, et le début d’une révolution dans toute la bande dessinée.

Ensuite, Jack Kirby.

Captain America Comics (v.1, 1941), #1

À lui seul, Jack Kirby a réinventé comment les bandes dessinées sont illustrées. Il a inventé une part considérable du vocabulaire visuel et des techniques narratives du média. Tellement que son style définit celui de tout Marvel Comics dans les années 60. Ses collègues de l’époque sont encouragés à l’imiter ou, du moins, à s’en inspirer. Et pourtant, ses oeuvres sont si uniques qu’un oeil averti les reconnaît instantanément.

Lorsqu’il co-crée les Fantastic Four en 1961, Kirby est déjà un vétéran. C’est lui, avec Joe Simon, qui crée Captain America en 1940.

L’équipe Lee-Kirby est probablement la plus prolifique et la plus influente de l’histoire de la bande dessinée. Et comme pour les compositions signées Lennon-McCartney, distinguer qui a eu quelle idée dans telle série ou tel numéro est, au mieux, hasardeux.

Enfin, les Fantastic Four.

La bande dessinée déborde de personnages immenses à découvrir, de Superman à Spider-Man, en passant par les X-Men et Batman (pour ne mentionner que des super-héros). Mais ça faisait longtemps que je trouvais les Fantastic Four particulièrement intrigants.

Je savais qu’avec eux naît l’Univers Marvel, et que parmi leur galerie d’ennemis se trouvent Doctor Doom et Galactus. Mais tout ce que j’avais vu d’eux, c’était deux mauvais films (et un particulièrement exécrable).

Et là, dans mes recherches, je réalise que les 100 quelques premiers numéros de leur série ont été réalisés par ces deux colosses, Lee et Kirby.

Fantastic Four (v.1, 1961), #49

Pourquoi, alors, ne pas commencer au début?

Partie 2 – Pourquoi ne pas les lire?
Une page avec une quantité « normale » de texte pour Stan Lee

Stan Lee est le premier à écrire des super-héros complexes et faillibles. Mais son écriture elle-même est grandiloquente, répétitive et inutilement descriptive. On dirait qu’il se sent obligé de remplir chaque page avec beaucoup trop de texte. Ses dialogues sont l’antithèse de la maxime “Show, don’t tell”. On finit par se faire à son style ampoulé (qui, je dois l’avouer, a aussi quelque chose d’uniquement bédéesque), mais si c’est le premier auteur que vous lisez, ça risque de vous décourager du média.

Maintenant, j’adore les dessins de Jack Kirby. Mais ce fût loin d’être le coup de foudre. Il a fallu que j’en vois beaucoup, que je m’expose à d’autres artistes et même que je fasse de la recherche sur ce qui caractérisait son style, avant de comprendre pourquoi son oeuvre est remarquable. Et seulement après, j’ai commencé à l’apprécier. C’est un peu comme Picasso, ou Pollock: c’est plus facile de les aimer lorsqu’on comprend déjà le vocabulaire qu’ils déconstruisent ou qu’ils redéfinissent. Surtout, la première moitié des FF ne contient pas ses plus belles oeuvres.

Fantastic Four (v.1, 1961), #1

Et même si les Fantastic Four de Lee et Kirby contient des moments mémorables et a son charme propre, c’est aussi une lecture aride et répétitive par moments, surtout au début. Je comprends la dynamique de la famille qui se chamaille, mais elle devient vite lassante, cette dynamique, quand elle reste la même, sans évoluer, sur presque 100 numéros.

Bref, je ne vous recommande pas de commencer par cette série. Et si vous tenez à la mettre dans votre liste de lecture, n’en faites peut-être pas une priorité.

Conclusion – Si vous les lisez…

Mais si tout ce que je viens d’écrire ne vous a pas dissuadé de commettre la même erreur que moi, ou si vous avez déjà lu plusieurs autres séries et que vous vous sentez prêt pour celle-ci, voici à quoi vous attendre.

Les premiers numéros sont longs, verbeux et pas très beaux. Vous pouvez les sauter.

Fantastic Four (v.1, 1961), #49

L’écriture devient plus fluide autour du #36. Mais c’est vraiment à partir du #45 que les histoires s’enchaînent à un rythme accéléré. On découvre alors les Inhumans (#45-47), Galactus et le Silver Surfer (#48-50), puis Black Panther (#52-54), alors que le talent de Lee et Kirby atteint une certaine maturité. C’est la meilleure partie de la série.

Les numéros qui suivent sont généralement créatifs, rythmés et excitants. Doctor Doom y a quelques bonnes histoires (dont #57-60), mais notez bien qu’il n’est pas encore le personnage complexe qu’il deviendra plus tard.

Bref, si vous avez du plaisir à lire les #45 à 60, vous devriez ensuite apprécier la série jusqu’à la fin.

Fantastic Four (v.1, 1961), #59

Mais si vous trouvez laborieux de lire Stan Lee, ou si les dessins de Jack Kirby vous semblent ordinaires ou bizarres, ou si les aventures et querelles familiales des FF vous laissent de marbre, ça va. Lisez autre chose. On peut aimer la peinture sans aimer Picasso. Et même après trois albums, je n’aime toujours pas Bob Dylan.

Quoi lire?

Fantastic Four (v.1, 1961), #1 à 102; Annual #1 à 6

Publié de 1961 à 1971

À mettre sur votre liste?

Non? Sauf si vous aimez déjà Lee et Kirby.

Bon point de départ?

Non! Vous vous ennuierez.

Publié par Simon Cordeau

simoncordeau.net

2 commentaires sur « Les Fantastic Four de Stan Lee et Jack Kirby »

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