L’héroïsme selon Marvel: Introduction

Toutes les bandes dessinées de Marvel posent, dans le fond, la même question. Toutes ces histoires, tous ces super-héros, tous leurs déboires et les super-vilains qu’ils affrontent sont des variations sur la même question fondamentale.

Ça veut dire quoi, être un héros?

L’héroïsme, comme concept de bédé, peut paraître purement abstrait, sinon carrément fantaisiste. Il n’y a pas, dans la vraie vie, des humains pourvus de super-pouvoirs et qui peuvent, à eux seuls, sauver le monde.

Mais après avoir lu beaucoup de bédés Marvel, je crois désormais que la question philosophique la plus fondamentale, la question humaine la plus importante, c’est peut-être bien celle de l’héroïsme.

Voici le premier article d’une série à venir, sur l’héroïsme selon Marvel.

Pas d’histoires sans héros

D’abord, difficile de raconter une histoire sans héros. De Gilgamesh à Luke Skywalker, les héros sont omniprésents tant dans notre littérature que dans notre cinéma, nos arts visuels, notre musique ou les légendes qu’on se raconte autour d’un feu de camp. Lorsqu’on nous enseigne l’Histoire, c’est souvent à travers ces êtres humains plus grands que nature: ces rois bienveillants, ces conquérants glorieux, ces soldats qui se sacrifient pour le bien commun, ces penseurs ou ces artistes à l’inspiration ou la perspicacité divine, etc. Ces personnages foisonnent même dans les religions, où ils sont surnaturels dans leurs pouvoirs, leur sagesse, leur humilité ou leur abnégation. Qu’ils soient fictifs, réels ou mythifiés, les héros occupent une place centrale dans notre culture.

Mais ce n’est pas parce qu’une histoire a des héros qu’elle nous parle d’héroïsme. Par exemple, l’Iliade raconte d’abord la colère d’Achille. L’Odyssée raconte l’ingéniosité et les ruses d’Ulysse. Et même s’il y a des parallèles intéressants entre le sacrifice de Jésus sur la croix et celui de Socrate qui boit la ciguë, Socrate n’a pas la prétention de sauver qui que ce soit, ni même d’être imbu d’un savoir unique ou surnaturel. Il admet lui-même ne rien savoir!

Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une différence entre raconter l’histoire d’un héros et se questionner sur la nature même de l’héroïsme. Et ce n’est pas parce qu’une histoire a un protagoniste que celui-ci est nécessairement héroïque.

Définir le « héros »

Ensuite, il faudrait définir ce qui compte comme un « héros ». C’est un terme difficile à définir, variable et construit avec plusieurs idées souvent complémentaires mais parfois contradictoires. Surtout, dans les bandes dessinées Marvel, c’est un terme en mutation, en constante évolution, selon les auteurs, l’époque et les histoires racontées.

Il y a cependant des idées fondamentales dans tous ces héros. Parmi elles, il y a le sacrifice de soi, le courage à surmonter l’adversité, la modération dans l’exercice du pouvoir, l’humilité face à la source de ce pouvoir et ses limites, mais aussi l’impératif moral d’exercer ce pouvoir pour le bien, etc.

Il y a aussi cette idée, centrale, que le héros transcende la nature humaine, mais sans être complètement divin. Dans la mythologie grecque, les héros sont une catégorie à part dans l’ordre cosmique, à mi-chemin entre les humains et les dieux, et une place spéciale leur est réservée dans l’au-delà. (Un peu comme le Valhalla de la mythologie nordique.)

Même si elle est souvent méritée par le héros, cette transcendance (et le pouvoir qui vient avec) sont plus souvent conférés que conquis, gagnés ou trouvés. Le héros peut être choisi par le divin (Jeanne d’Arc), instrumentalisé par le destin (James Holden), guidé par une prophétie (Harry Potter), ou même contraint par les circonstances (Frodo). Autrement dit, c’est quelque chose qu’on vous impose. La seule agence qu’a le héros, c’est d’accepter ou non.

Être ou ne pas être… un héros.

La Malédiction Marvel

Le héros, la plupart du temps, aime être un héros. Ses victoires sont triomphales, ses exploits sont célébrés, ses actes (et leurs conséquences) sont moralement bons, son nom est immortalisé, et les récompenses sont souvent enviables. C’est, littéralement, une bénédiction.

Et c’est là tout le génie de Stan Lee, et des héros de Marvel. Et si être un héros était, en fait, une malédiction?

Après tout, bon nombre des qualités d’un héros sont des vertus difficiles à incarner: le sacrifice, le courage, la modération, l’humilité, le respect du code moral… Il y a peu de place là-dedans pour la faillibilité humaine. Les exigences mises sur le héros sont donc une épreuve constante. Le poids des responsabilités devient un calvaire à porter. Les héros de Marvel ont pas mal tous une vie personnelle profondément dysfonctionnelle, constamment interrompue ou déraillée par les exigences du « métier ». Le « cadeau » de cette transcendance, de ce pouvoir, devient vite une malédiction.

Pourquoi, alors, accepter ce cadeau empoisonné? Pourquoi ne pas simplement… refuser d’être un héros?

Chaque héros de Marvel a une réponse bien personnelle à cette question. Et c’est ce que je me propose d’explorer dans les prochains articles de cette série.

Publié par Simon Cordeau

simoncordeau.net

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